Le Web3 a longtemps souffert du même problème : une UX (expérience utilisateur) trop technique. C’est précisément ce que les intent-based blockchains veulent éliminer. Pour la moindre action, l’utilisateur doit ouvrir un wallet, comprendre ce qu’il signe, gérer des frais, valider des autorisations obscures et, souvent, refaire la même procédure sur plusieurs blockchains. Leur promesse paraît presque insolente : un Web3 où l’utilisateur exprime un résultat souhaité, et où le réseau choisit automatiquement la meilleure manière de l’obtenir.

Cette idée bouleverse tout. Elle ne s’attaque pas uniquement à l’interface utilisateur. Elle modifie la philosophie même de la blockchain : on ne transmet plus une transaction, mais une intention. Ce glissement paraît subtil, mais c’est probablement l’évolution la plus importante depuis les smart contracts.

Une intention, pas une transaction

Aujourd’hui, tu veux échanger de l’ETH contre un token sur une autre blockchain ? Tu jongles entre ponts, pools de liquidité, signatures multiples et paramètres techniques. Dans un système basé sur les intentions, la procédure devient aussi simple qu’une phrase :

« Je veux 100 du token X au meilleur prix disponible »

Le protocole se charge du reste. Il choisit la route optimale, répartit la demande sur plusieurs DEX, sécurise le bridging, gère les frais et exécute la meilleure exécution possible.

Cette automatisation n’est pas du marketing. C’est de la coordination cryptographique avancée, déjà expérimentée par des projets comme AnomaEssentialSUAVE, ou les nouveaux modules autonomes connectés à EigenLayer. Ce sont eux qui permettent à des “agents” de négocier, comparer et valider des opérations complexes avant qu’elles n’atteignent la chaîne principale.

Pourquoi c’est un changement de paradigme

Les blockchains actuelles reposent sur l’exécution directe : tu demandes une action précise, elle se produit. Une blockchain basée sur les intentions fonctionne comme un niveau supérieur, presque méta. Elle interprète ce que l’utilisateur veut obtenir, puis choisit le workflow optimal. On n’est plus dans la logique du “do this”, mais du “achieve this”.

Ce fonctionnement permet un Web3 beaucoup plus intuitif. L’utilisateur ne gère plus de transactions, mais des objectifs. Cette nuance ouvre des perspectives nouvelles : dApps entièrement automatisées, trading sophistiqué pour débutants, portefeuilles intelligents qui corrigent les erreurs de l’utilisateur, services autonomes qui anticipent les besoins économiques de leur propriétaire.

L’IA entre dans la danse

Les intentions représentent un langage idéal pour les modèles d’IA. On imagine facilement un agent autonome capable d’interpréter :

« sécurise mes fonds, optimise mon rendement, réduis mon exposition au risque »

Il peut ensuite distribuer des liquidités, réallouer un portefeuille, déplacer des fonds vers des solutions plus sûres ou ajuster l’exposition sans que l’utilisateur n’ait besoin de paramétrer quoi que ce soit.

Voir aussi: IA et blockchain, une alliance improbable devenue révolutionnaire

L’IA ne remplace pas la blockchain, mais elle devient le cerveau qui pilote les intentions et orchestre la meilleure solution possible. C’est la première fois qu’une véritable symbiose IA + Web3 devient réaliste.

Des avantages évidents… et quelques astreintes

Les bénéfices restent clairs : une UX simplifiée, une exécution plus efficace, une sécurité renforcée, moins d’erreurs humaines et une adoption plus rapide du Web3 par des non-initiés. L’utilisateur n’a plus besoin d’expertise technique pour réaliser des transactions complexes. Il exprime un besoin, le réseau s’adapte et le résultat arrive.

Mais cette révolution apporte aussi des contraintes. Le système devient plus opaque, car on délègue une partie de la prise de décision au protocole. Les mécanismes de coordination sont plus difficiles à auditer. La gestion des intentions nécessite des structures cryptographiques plus lourdes, et l’équilibre entre automatisation et transparence demande encore du travail.

Les intent-based blockchains ne sont pas une belle théorie!

Mais plutôt un nouveau modèle, déjà en construction, qui risque de redéfinir toute la logique d’interaction avec le Web3. Si l’on cherche un sujet capable de transformer l’industrie à long terme, c’est sans doute l’un des plus prometteurs.