Pendant des années, la mort des stablecoins algorithmiques a été annoncée à grand bruit. Après l’effondrement retentissant de l’un des projets les plus médiatisés du genre en 2022, beaucoup ont tiré la conclusion rapide : les stablecoins algorithmiques sont intrinsèquement instables.

Mais en 2025, une nouvelle génération de projets tente un retour. Non pas pour répéter les mêmes erreurs, mais pour réinventer un modèle qui pourrait finalement être viable et utile à l’écosystème crypto.

De Terra UST à l’algorithme 2.0 : leçons d’un crash

Pour comprendre cette renaissance, il faut d’abord se souvenir de ce qui a terrassé les anciens stablecoins algorithmiques. Contrairement aux stablecoins collatéralisés par des réserves réelles (USD, or ou crypto sur-collatéralisée), les premiers algos fonctionnaient sans réserve tangible. Ils utilisaient uniquement des mécanismes automatiques de marché et des arbitrages programmés pour stabiliser leur prix.

Quand tout va bien, ça marche. Quand la confiance se fissure, ces mécanismes peuvent s’effondrer en cascade — et c’est ce qui s’est passé avec UST en 2022.

Cette débâcle a laissé une impression durable : l’algorithme seul ne suffit pas. Il faut des garde-fous, des incitations robustes, et une structure qui résiste à l’attaque coordonnée des marchés.

Stablecoins algorithmiques 2.0 : ce qui change vraiment

La génération actuelle, que l’on appelle les stablecoins algorithmiques 2.0, tente de résoudre l’équation perdue de la première version. Trois éléments clés les distinguent :

1. collatéralisation partielle hybride

Au lieu de fonctionner sans aucune réserve, les projets 2.0 utilisent une collatéralisation partielle ou dynamique. Cela signifie que le stablecoin est soutenu à la fois par :

  • un algorithme d’équilibrage automatique,
  • des réserves partagées,
  • et parfois des actifs à rendement (yield farming, revenue streams DeFi).

C’est un mix entre un modèle algorithmique pur et un modèle traditionnel garanti, pour limiter les risques extrêmes.

2. incitations économiques redistributives

Les nouveaux modèles intègrent des mécanismes d’incitation sophistiqués pour encourager les bons comportements de marché. Par exemple :

  • des frais dynamiques quand le prix s’éloigne de la parité,
  • des récompenses attribuées aux arbitragistes qui rétablissent la stabilité,
  • des pools de liquidité auto-ajustés pour amortir les chocs.

L’idée est de faire des utilisateurs eux-mêmes des stabilisateurs, plutôt que de reposer sur une seule architecture algorithmique.

3. gouvernance adaptative

Plutôt que de laisser un code immuable statique, certains stablecoins algorithmiques 2.0 incluent des mécanismes de gouvernance en temps réel.
Les détenteurs peuvent ajuster dynamiquement les paramètres de stabilité selon les conditions du marché, tout en respectant des garde-fous codifiés.

Pourquoi cette évolution est importante

Si les stablecoins algorithmiques 2.0 trouvent un modèle fiable, les conséquences seraient énormes.

Premièrement, ils pourraient permettre des stablecoins plus liquides, moins centralisés, et plus flexibles que les versions collatéralisées traditionnelles (comme USDC, USDT ou BUSD).

Deuxièmement, ils pourraient réduire le besoin de réserves massives gelées dans des comptes bancaires hors chaîne, rendant la stabilité plus accessible à l’échelle mondiale.

Voir aussi: Zetachain et les smart contracts omnichain

Enfin, dans un avenir où les blockchains interagissent entre elles (omnichain, ZK networks), des stablecoins adaptatifs, algorithmiques et collatéralisés hybridement pourraient devenir des ponts naturels de valeur.

Les risques demeurent, mais ils sont mieux compris

Rien n’est garanti. Les dynamiques de marché peuvent toujours pousser un système algorithmique au bord du gouffre. La gouvernance sociale et technique doit être solide. Les arbitrages doivent être attractifs. Les oracles doivent être fiables.

Mais la différence cette fois est que l’écosystème a appris de ses erreurs passées. Les modèles 2.0 ne sont pas des copies naïves de l’ancien paradigme. Ils sont des expérimentations conscientes, avec des mécanismes de protection et d’intervention plus sophistiqués.

Un stablecoin plus intelligent pour un Web3 plus mature

Les stablecoins algorithmiques 2.0 ne sont pas une relique romantique ni une promesse abstraite. Ils sont une réponse directe aux limites des modèles antérieurs et un témoignage de la maturité croissante de la finance décentralisée.

S’ils réussissent, ils changeront la manière dont nous percevons la stabilité en crypto : pas seulement comme une garantie externe, mais comme un équilibre dynamique, communautaire et automatisé.

Et pour un Web3 qui vise l’inclusion globale, la flexibilité des marchés et l’efficience technique, cela pourrait être une avancée majeure.